Rencontres avec Réseau Action Climat les 19 et 20 juin 2026 Académie du Climat Paris

23/06/2026

Pour le trentième anniversaire du Réseau Action Climat France, nous nous sommes rencontrés pour comprendre, en deux jours les atouts et déjouer nos blocages pour vivre le changement climatique autrement. Répartis par thème dans les différents espaces de l'Académie du Climat en 3 sections Salle des Fêtes pour les tables rondes, la Pépinière des rencontres avec des acteurs incontournables de la vie militante sociale et écologique, et des salles d'atelier pour explorer ensemble les différentes expériences des associations dans leurs domaines d'aide à la personne sur le mieux-vivre écologique ou sur la manière de s'adresser à l'autre en parlant d'écologie à des personnes éloignées de nos préoccupations.

Le 19 juin, cela a débuté par une conférence d'ouverture sur l'histoire des luttes pour le climat, avec ses victoires, son héritage et les enseignements à retenir. Les intervenants étaient Edouard Toulouse, il est le président du Reseau Action Climat et sa directrice, Morgane Creach. De grands témoins sont conviés comme Delia Villagrasa, Geneviève Azam et Sarah Maria Hammou. En résumé et depuis 2024, malgré les victoires, il y a un démantèlement des politiques climatiques par une acceptation de la population dans un dynamisme du " il faut s'adapter et faire avec". 

Pourtant, la conférence de Copenhague devait donner un cadre mondial de lutte contre le changement climatique et obtenir un consensus international sur les mesures à prendre en matière environnementale et de préservation de la planète et des espèces par trois piliers : un développement de l' éducation populaire et écologique, un accès à l' agriculture biologique sur les territoires, et l' organisation d'un contre-forum mis en place par les citoyens puisque aucune autorité n' a mis en place des actions concrètes pour atteindre cet objectif de diminuer les consommations en énergies fossiles, aucune limitation des émissions de gaz à effet de serre n'étant décidée. La création d'une organisation mondiale de l'environnement est écartée, d'où la continuité des coopérateurs du Réseau Action Climat. Il faut donc plus de convergence dans les luttes écologiques pour permettre de décupler les capacités et les résultats des actions, et de donner à l'ensemble des publics les capacités à prévenir le changement climatique pour en appréhender les impacts, déjà multiples sur le globe. 

Cette convergence des écosystèmes doit être comprise par les tendances qui forment les caractéristiques du Réseau Action Climat et de ses organismes, appartenant à deux systèmes différents, l'un plus analytique que l'autre, pour se rassembler. Sous l'influence d'agents de sélection similaires, on pourrait réagir pour en constituer des leviers collectifs et financiers, pour défendre les sciences et préserver la santé, par un mouvement démocratique et pédagogique, au travers d'un rassemblement d'une Europe des nations. Tout cela pour amplifier une prise de confiance dans nos actions menées, pour un bien-être environnemental et pouvoir faire une différence face au greenbashing qu'on a imposé à ces actions de bon sens pour la protection de nos territoires et de la Terre. Si nous laissons les situations se dégrader, non seulement ce sera une catastrophe pour notre avenir sur bon nombre de bassins de vie français, mais cela entraînera un assombrissement de notre situation sociétale qui pourrait se diriger vers des heures sombres où un seul discours pourrait apparaître:  celui d'une consommation mercantile pour se consoler de la destruction de notre espace de respiration, la Terre. 

Ensuite, la table ronde " Le climat dans toutes les causes, toutes les causes dans le climat ?" avec comme intervenants : Amandine Lebreton (Le Pacte du Pouvoir de Vivre), Daphné Chamard-Teirlinck ( Secours Catholique - Caritas France), Elise Rodriguez (Action Santé Mondiale), Manuel Domergue (Fondation pour le logement des Défavorisés) l'animation fût en charge de Morgane Creach (Reseau Action Climat). Le constat en matière de santé et de recherche d'un éco-bénéfice entre santé et climat correspond à une contradiction entre le discours commun que nous atendons à longueur de journée, " faire attention à nous et nous adapter aux changements du climat" et celui des organisations qui serait: " le climat doit être préservé par un ralentissement de l'activité humaine". 

Les effets du changement climatique sont larges sur la préservation humaine, avec de nombreux stress post-climatiques. Ses effets ont des impacts à dépasser et causent des conséquences politiques sur la santé. En France, 7 500 décès sont liés à la chaleur et les maladies progressent avec les moustiques. Dans le domaine médical, bon nombre de bâtiments sont des serres médicalisées, comme les hôpitaux ou les EHPAD. Et avec la chaleur, les médicaments deviennent moins actifs. Les personnes qui sont en précarité ou avec un souci de santé sont plus exposées à la mortalité : 20 % des quartiers pauvres sont 30% plus exposés à la chaleur avec 66% de risques d' AVC supplémentaires pour les femmes. Dans les services de fin de vie, la température est à 35 °C. Un tiers de la population dans ces structures a des complications supplémentaires liées à la détérioration des températures et aux maladies chroniques. Les baisses de financements recentrent le cœur de la mission de la santé et il faut un levier collectif pour sortir de la neutralité et revenir à l'action, par une convergence des luttes entre les associations qui constatent et celles qui interviennent dans le débat public.

Dans un cadre plus global, le climat creuse les inégalités par la remise en location des habitations mal isolées. La suppression d'aides, comme le fonds vert qui restaure de la protection sans forcément passer par la climatisation, et l' aide urbaine pour la végétalisation, par exemple, tous les budgets ont été supprimés par l' Etat.

 L'alimentation tient aussi sa place, car si l'on s'alimentait moins en viande, cela aurait un écobénéfice sur le climat et recadrerait le propos sur les questions climatiques. Pour que le réseau de santé soit exigeant en maintenant plus de personnes en vie face au changement climatique, il faut inverser les forces et s'ouvrir aux réseaux pour lutter.

 La protection sociale est en péril avec un coût des hospitalisations liées en hypothermie, facteur d'une mauvaise alimentation, ce qui ajoute un coût supplémentaire pour la société. Le changement climatique menace la santé publique.

Cette première journée s'est clôturée pour ma part par la rencontre à la Pépinière de l'Académie du Climat sur le thème "Quels impacts contre l'Etat de droit, et comment y faire face ?" avec comme intervenants Antoine Gatet (France Nature Environnement) et Me Marion Ogier (avocate en droit public, LDH) sous l'animation de  Lionel Brun Valicon de LDH de la Ligue des Droits de l'Homme. Le  constat fait à cette table ronde est un bilan où toute association animée par une force de persuasion sur un sujet sociétal peut faire : notre pays, soit- disant démocratique, est en décrochage et entrave juridiquement les associations et structures d' expression environnementales dans  l' exercice de leurs libertés comme celle de manifester. L' accord international de la convention Daarhus, signée en 1998 par trente-neuf États, vise la « démocratie environnementale » selon trois grands objectifs : améliorer l'information environnementale fournie par les autorités publiques concernant les principales données environnementales pour favoriser la participation du public à la prise de décisions ayant des incidences sur l'environnement (par exemple sous la forme d'enquêtes publiques), étendre les conditions d'accès à la justice en matière de législation environnementale et faciliter l'accès à l'information. Trente ans plus tard, en France, force est de constater qu' au quotidien d'une vie d' actions pour l' environnement, certains réseaux et responsables politiques français bafouent cet accord en développant le greenbashing dans les médias par le biais de journalistes qui détournent le propos environnemental. 

Ainsi, en 2025, on dénombre plus de 80 attaques personnelles, à effet direct de démobiliser  les adhérents et sympathisants d' une cause écologique par une mise en péril liée à cette répression disproportionnée. Le système économique mercantile à court terme restreint l'expression pour créer de véritables enjeux écologiques, donc sociétaux. Tout cela incite à l'injonction croissante de ne pas se positionner politiquement, donc publiquement, dans un cadre associatif. 

L' Observatoire des libertés associatives souligne l' affaiblissement des conditions de liberté d' expression pour la société civile et son rapport s'intéresse à la liberté de réunion pacifique, qui fait l'objet de restrictions croissantes sur la question environnementale depuis trente ans. Depuis 2017, l' Etat a renforcé la législation en matière de sécurité publique par l'adoption le 10 avril 2019, de la loi visant à garantir le maintien de l'ordre public, qu'on nomme communément "loi anti-casseur" et durcit la restriction des réunions pacifiques en renforçant les outils répressifs comme l' emprisonnement si l'on tente de cacher son visage, même si, pour le manifestant, c' est juste une protection contre le gaz. La loi confrontant le respect des principes de la République du 24 août 2021, par la mise en place du contrat d' engagement républicain ouvre la voie à la multiplication des procédures de dissolution d' associations et de groupements de fait, et témoigne de la méfiance entre les autorités publiques et la société civile française.

À cela s'ajoute la restriction des enjeux financiers par cet engagement républicain en permettant aux préfectures de s'immiscer dans les relations "associations et territoires" et joue son levier de défense contre les associations qui ont intégré dans leur existence le risque de ces représailles. Pour rappel, les subventions sont de l'argent public consacré à l' intérêt général, parler et agir pour l'écologie est un devoir public.

Plus l 'Etat devient systémique, plus l' extrême droite s' installe dans un système fait majoritaire. Contre ces reculs, il faut se mobiliser pour rappeler le droit international, dont l' accord Darrhius, dans le cadre d' actions publiques partagées, car l'extrême droite déconstruit les droits humains. 

Des solutions existent, comme mettre les gens face à leurs responsabilités pour construire une visibilité de la société civile et soutenir les luttes environnementales. Pourtant, il faut aller chercher justice.  Le temps est trop long et la seule possibilité est de s'engager dans les coalitions pour utiliser les espaces démocratiques, et cette utilisation, par la forme du taureau ou du porc-épic, pourra nous sortir de l'impasse.

Ensuite, ce fut le moment du réseautage festif que tout le monde attendait, avec de quoi se restaurer et faire la fête.

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